ASSEMBLEE DES ANIMATEURS DE SECTION
28/01/2012 Intervention de Frédéric Boccara
Notre logique pour l’emploi, c’est de faire de son développement un but et un moyen.
Ainsi nous ne parlons pas de l’emploi séparément de ce que nous disons
sur les banques et les marchés financiers.
Au contraire, de vrais pouvoirs sur les banques pour un nouveau crédit sont au cœur
de nos propositions pour l’emploi, avec en regard : des pouvoirs des salariés et le but d’une expansion à dominante sociale.
Alors que:
Sarkozy, c’est « pas touche au grisbi », c’est la baisse des charges sociales, la TVA sociale sur les gens,
cette dernière étant aussi préconisée par Marine LePen.
Hollande, malgré de nouveaux accents sur la finance, propose une banque d’investissement publique à la place des entreprises
et sans conditions pour l’emploi.
On se contenterait d’espérer, de « souhaiter » ? comme l’a pointé Yves Dimicoli, que cela fasse de l’emploi.
D’attendre l’emploi comme on attend Godot. Tandis que d’autre part il maintient le dogme de la baisse des déficits
publics avant tout, des déficits zéro et de nouvelles exonérations de cotisations sociales. Quelle contradiction !
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On baisse le taux d’intérêt des crédits
plus les investissements financés créent et développent
l’emploi, la formation et les salaires.
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Alors,
Au-delà des exigences sociales qui sont l’âme de notre démarche, notre logique pour l’emploi c’est de
Développer l’emploi et les salaires, aux différents niveaux, parce que cela stimule la consommation, la demande,
mais est-ce que cela suffit ? Est-ce que c’est un chemin durable avec nos importations massives, notre industrie abîmée et
notre croissance empoisonnée ?
Non.
Donc deuxièmement, pour nous, développer l’emploi, c’est aussi développer l’offre, la production.
Mais cela exige des investissements nouveaux, de la formation, des qualifications.
Pour cela nous avons 3 blocs de propositions, indissociables : l’argent, les pouvoirs, les services publics de sécurisation.
1. Premier bloc, l’argent avec les banques et la BCE, l’action des banques et de la BCE étant appuyée et
renforcée par une autre utilisation des fonds publics et par une autre fiscalité.
--> cela pour un nouveau crédit aux entreprises, avec des critères précis et contrôlés.
Il ne faut pas hésiter à le dire car le débat s’aiguise.
Ce que nous proposons : on baisse le taux d’intérêt des crédits plus les investissements financés créent et
développent l’emploi, la formation et les salaires. Ceci pour les entreprises.
De même, le Fonds de développement social et écologique européen permettrait,
par la création monétaire de la BCE, des créations massives d’emplois dans les services publics.
2. Second bloc. Des pouvoirs nouveaux dans et sur les entreprises et les banques.
En particulier des pouvoirs sur les licenciements avec une proposition qui comprend 3 volets qu’il ne faut pas séparer car ils se complètent.
Droit de veto suspensif sur les plans de licenciements,
Droit de contre-proposition par les travailleurs (CE, délégués de personnels) et par les élus territoriaux,
Droit de saisine du crédit bancaire à l’appui de ces contre-propositions.
Imaginons ces leviers, financiers notamment, dans les mains des Fralib, des Pétroplus, des Seafrance ou des autres !
Mais il s’agit aussi de pouvoirs nouveaux sur le suivi des aides publiques et le suivi de
l’utilisation des crédits. Il s’agit encore des pouvoirs à développer pour une véritable
planification sociale et écologique avec des conférences régionales et nationales
(planification stratégique et indicative des activités industrielles et de service, des besoins d’emploi,
de formation, de services publics, d’infrastructures, et de financements).
3. Troisième bloc.. Tout cela visant avec les services publics la sécurisation de l’emploi et de la formation,
avec la sécurité sociale professionnelle, et la sécurisation de tous les moments de la vie.
Cette sécurisation s’appuierait sur de nouveaux services publics et de nouveaux types de CDI.
Des services publics d’appui à l’intervention des salariés, y compris des services publics d’évaluation
des entreprises et de notation toute autre, selon d’autres critères.
Mais aussi des services publics de formation, de développement des capacités humaines, de la retraite, de la santé, et j’en passe.
Face à cela
1. On nous dit « compétitivité baisse des coûts salariaux », TVA sociale. Comme s’il n’y avait qu’un seul coût !
C’est Sarkozy avec son pacte Euro+, avec Merkel. Ce sont les accords dits de « compétitivité-emploi », instaurant la baisse
des salaires dans le contrat de travail. C’est, avec le sommet social, l’escroquerie du chômage partiel.
Sommes-nous pour baisser les coûts ?
Oui. Mais pas n’importe lesquels !
D’ailleurs quels coûts faut-il baisser quand les entreprises et les services publics sont étranglés
par les marchés financiers ? Ainsi, d’après l’Insee, les entreprises versent en charges d’intérêts bancaires
et en dividendes plus du double de leurs cotisations sociales employeurs (309 Mds€ contre 145 Mds€).
Nous voulons baisser les coûts du capital et prendre appui sur les capacités des femmes et des hommes,
partager aussi les coûts des recherches.
2. Hollande nous dit « on va faire de l’investissement réel », avec sa Banque publique d’investissement.
Cela fait mouvement vers la colère populaire contre les banques et vers notre bataille.
Mais il n’y est pas du tout. Et c’est même pervers.
Par exemple, les cheminots savent bien que l’on peut investir, acheter des trains
et en même temps supprimer des emplois, aggravant ainsi toutes les difficultés, tant en interne que pour les usagers.
Ainsi, au total, en France les entreprises ont beaucoup investi en 2010,
même si c’est moins qu’en 2009 : 182 Mds€ mais cela n’a presque rien donné comme emploi quantitatif :
+0,1% d’emploi dans les entreprises, et le minage qualitatif de l’emploi a continué.
--> La conditionnalité « emploi », les critères emploi, sont décisifs pour un nouveau crédit.
Ceci représente en réalité un renversement social profond, y compris un tout autre travail des salariés des banques.
Pour cela, l’apport du PCF dans et avec le Front de Gauche est décisif lui aussi.
Un chiffrage : un levier pour créer 1 million d’emplois
- Aujourd’hui 27 Mds€ sont versés par l’Etat pour compenser des exonérations de cotisations sociales
- Si ces 27 Mds viennent bonifier le crédit aux entreprises (y compris les PME) pour développer l’emploi,
ils prennent en charge 4%, voire 5% ou plus, des intérêts d’un emprunt qui fait 100.
Avec 4%, l’emprunt est 25 fois plus grand que la bonification (25=100/4).
Ils font ainsi levier sur 675 Mds d’investissement (675Mds€ = 25x27Mds).
C’est plus du triplement de l’investissement actuel des entreprises !
- Or, dans les années de croissance 2005-2007, on constate que à chaque million d‘investissement des entreprises
correspond la création de 1,6 emploi supplémentaire.
Donc pour 675Mds ce seraient 1,077 millions d’emplois possibles à créer, sans compter le fait
que nous voulons en outre imposer comme conditions à l’investissement un contenu d’emploi plus important et meilleur.
Bonifier ainsi le crédit, c’est tout le contraire d’une aide sans conditions.
C’est même un levier pour obliger les profits des entreprises qui rembourseront ces crédits à faire vraiment
de l’investissement réel utile et efficace, à développer l’emploi et les salaires,
à faire que les richesses aillent au développement des capacités humaines, à produire autrement.
Bref une toute autre logique et un autre partage de richesses, elles-mêmes tout autres.
Frédéric Boccara
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