Réforme des retraites : arguments et propositions !
1. Crise des retraites, crise systémique
La crise des retraites plonge dans la crise systémique du capitalisme. Avec la course à « l'argent pour l'argent »,
les énormes potentiels de productivité des technologies informationnelles sont gâchés
et tendent à détruire l'emploi, ce qui augmente le chômage et tire vers le bas la masse
salariale, d'où l'insuffisance croissante des débouchés, tandis que le « cash
»ainsi réalisé par les groupes va de plus en plus à la spéculation.
Le recours massif au crédit et à l'endettement a permis, cependant, des
années durant, de maintenir une demande apparente dans les pays développés...
jusqu'à l'éclatement de la crise financière de 2008-2009.
Les aides publiques colossales alors accordées aux banques, sans changement des critères
du crédit, ont servi, en Europe particulièrement, à relancer la spéculation
et non l'emploi et la croissance réelle.
D'où l'ampleur inédite du surendettement public des États de la zone
euro, au-delà de la Grèce, et donc de la crise de l'euro lui-même.
L'attaque contre les retraites est inscrite en contrepartie du
dispositif de 750 milliards d'euros décidé par l'Union européenne pour assurer le
remboursement des créanciers : il s'agit de diminuer la part, dans les richesses produites, des prélèvements publics et
sociaux (impôts+cotisations) nécessaires au financement des dépenses sociales
(retraites, santé…) afin de laisser s'envoler la part des prélèvements
financiers (intérêts+dividendes).
Cela pèsera sur l'activité et relancera la spéculation. Au contraire, une
autre création monétaire de la BCE et un fonds européen de
développement social peuvent favoriser le progrès
social dans l’UE, dont de bonnes retraites.
2. Démographie : un impact réel mais non fatal
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Si l’accroissement de la part des 60 ans et plus dans la population
totale est une réalité, il faut sortir du fatalisme des projections démographiques.
Selon le COR, elle devrait passer de 20 % à 32 % en 2050 (+ 50 %) et on
passerait à 1,2 cotisant en 2050 par retraité,
pour 1,8 en 2005. Mais contrairement aux hypothèses démographiques
catastrophistes antérieures, on assiste à une remontée de l’indice de
fécondité : de 1,65 en 1974 à 2,09
enfants par femme d’âge fécond en 2010, soit pratiquement le taux de
renouvellement des générations : 2,1. Ainsi le déclin annoncé de la population
active a été retardé. De même, on peut estimer l'augmentation du besoin
de financement lié à la démographie à 150 % de 1949 à 2009. Mais les richesses
produites ont, sur cette période, cru de 645 % en volume,
soit une croissance de 400 % par personne d'âge actif.
Une politique familiale moderne pourrait contribuer
à créer la force de travail et donc les cotisants de demain, permettant de garantir le
financement des retraites. Ceci impliquerait aussi de relever le nombre d’actifs cotisants
en faisant reculer les exclusions sociales et en relevant le taux
d’emploi des femmes, ce qui nécessiterait un service public de la petite
enfance pour assurer les formules de garde des enfants. Sans oublier un possible
recours à l’immigration, mais dans de tout autres conditions.
Répondre aux besoins liés à
la démographie. L’accroissement de l’espérance de vie est un fait positif.
Politique familiale moderne,formation,
salaires et emploi sont au coeur du financement des retraites.
3. Salaires et emploi, base des cotisations
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Les cotisations sociales sont calculées sur la base des salaires versés dans
chaque entreprise. Mais elles sont prélevées sur la valeur ajoutée, c’est une
part de la VA, hors salaires et donc prélevée sur les profits (valeur ajoutée =
salaires+profits).
Ce système permet d'utiliser une partie des profits des entreprises
et des richesses créées par les salariés pour financer, de façon
mutualisée, un revenu pour chaque salarié retraité tout le long
de sa vie hors activités professionnelles, hors subordination vis-à-vis d'un
employeur, en solidarisant les salariés et les retraités.
Ainsi, les entreprises sont incitées à gagner en productivité autrement qu'en faisant pression sur
les salaires et l'emploi et au contraire en participant au développement des prestations
retraite.
Celles-ci permettent de remplacer les salariésâgés et de renouveler la force
de travail. La proposition, défendue par le PS, tendant à introduire la valeur
ajoutée dans la base de calcul des cotisations patronales rendrait ces dernières dépendantes aussi des profits. La base
VA serait beaucoup moins fiable que la base salaire, beaucoup plus fraudable. De même,
la proposition tendant à remplacer le financement actuel des retraites par
l'impôt, comme a commencé de le faire la CSG, le coupe du lien
décisif à l'entreprise.
C'est aussi ce but que visent les exonérations de
cotisations sociales patronales, dénommées « charges patronales » pour mieux faire croire qu'elles
étouffent les entreprises. Alors que ce sont les charges
financières du crédit et des dividendes qui sont écrasantes. En 2008, elles
s’élevaient à 359 milliards d'euros soit 36,2 % de la valeur ajoutée des
sociétés non financières contre 15,2 % seulement pour les cotisations sociales (151 milliards).
4. Inégalités hommes-femmes.
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Retraite au titre des droits directs :
femmes : 746 €, hommes: 1550 €.
Avec les pensions de réversion :
femmes : 1 020 €,hommes 1 636 €.
Deux raisons :
- Des carrières plus courtes
: hommes 42,25 ans de
cotisation, femmes 29,75 ans.
- Pour pouvoir obtenir une pension plus importante, les femmes liquident leur retraite plus tard
: 61,3 ans contre 59,2 ans pour les
hommes ! A ne pas confondre avec l’âge de cessation d’activité. Environ 2/3 des
salariés ne sont plus en activité à 60 ans. Mais 32 % des hommes passent par une situation de préretraite contre 21 % des femmes. Par
contre, 18 % de ces dernières
sont au chômage contre 13 % des hommes.
Salaires plus faibles et basses retraites. Un
cumul des inégalités :
A) Salaires à temps complet inférieurs de 20 %.
B) Temps partiel souvent imposé : 30 % pour les femmes
contre 5 % pour les hommes. Résultat : pour une carrière complète, pension de 1027 € pour les femmes, 1 603 € pour les hommes.
Les mesures Balladur-Fillon ont particulièrement
pénalisé la retraite des
femmes qui a déjà perdu 20 % avec,
particulièrement, le système de décote
(5 % de pénalisation par année manquante).
- Les réformes programmées vont
pénaliser encore davantage les femmes,
40 % d’entre elles connaissent les basses retraites.
Inégalités
d’espérance de vie en bonne santé entre ouvriers et cadres supérieurs.
Espérance de vie à 35 ans : cadres 47 ans dont 34
sans incapacité, ouvriers 41
ans dont 24 sans incapacité.
L’écart d’espérance de vie
est de 6 ans, l’écart pour
l’espérance de vie sans
incapacité est de 10 ans entre ouvriers et cadres
supérieurs.
Causes : pénibilité
du travail. Cet écart justifie pleinement la prise en compte de la pénibilité pour le
départ anticipé. Le Medef doit être responsabilisé pour son financement.
5. Aggraver ce qui a échoué : NON
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Les 3 réformes Balladur (1993), Fillon (2003) et le rendez-vous de 2008 ont imposé :
En 1993 :
• 40 années de cotisation au lieu de 37,5
années pour une retraite à taux
plein.
• Passage des 10 aux 25 meilleures années pour le calcul de la pension
aboutissant à la baisse automatique des pensions.
• Indexation des retraites sur les prix et non plus sur les salaires,
conduisant à une perte de pouvoir d’achat de la retraite.
En 2003 :
• Alignement de la durée de cotisation des fonctionnaires pour une retraite à
taux plein, et nouvel allongement pour tous les régimes
jusqu’à 41 ans en 2012,
voire 42 en 2020.
• Réduction des pensions.
• Asphyxie du financement de la retraite par
répartition.
• Incitation au recours à la capitalisation.
En 2008 :
• Alignement des régimes spéciaux (SNCF,
EDF-GDF, RATP) sur le régime général.
• Durée de cotisation portée
à 41 ans de cotisations pour tous en 2012
Toutes ces mesures convergentes visant la
régression des pensions et
à l’allongement de la durée de
cotisations ont dégradé l’«
équilibre financier
».
Maintenant on veut aller beaucoup plus loin :repousser l’âge de la retraite, accroître la durée de cotisation,
réduire le niveau des pensions.
L’idée, archirabâchée,d’un partage des efforts avec un
prélèvement sur les
plus fortunés est un leurre visant à faire avaler la couleuvre de l’augmentation
des annuités. Le débat sur un vrai financement pour garantir la répartition est
interdit, afin de monter les régimes par capitalisation. Face au sacrifice des jeunes, grandes victimes du projet de Sardonyx, la
solidarité entre les générations et l’action doivent se renforcer.
6. La capitalisation coulera la répartition
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La répartition, système de solidarité intergénérations et
interprofessions, se fonde sur le versement immédiat des cotisations
des actifs employés pour financer les retraites. Ces prestations soutiennent la demande, l’emploi, la croissance réelle, incitent
les entreprises à investir. Elles permettent de rajeunir la force de travail, et contribuent au
progrès de la productivité.
La capitalisation est un gâchis
car les fonds, capitalisés
à partir de l’épargne individuelle, vont à la finance et la spéculation. Elle
nécessite des réserves financières considérables (trois fois plus que pour la
répartition), donc des prélèvements plus lourds pour des prestations réduites.
Ces fonds épargnés sont autant de cotisations en moins pour le système derépartition.
La capitalisation est un risque car ces fonds
dépendent de la rentabilité des marchés financiers
et sont soumis à leurs aléas. Le krach boursier de 2008 a fait baisser le montant des actifs des Fonds
de retraite de 5 400 milliards de dollars, et le montant des pensions de 23 % dans
les pays où domine ce système de retraite.
A l’opposé de la répartition on cotise sans aucune garantie sur le montant
de la retraite. Certains ont ainsi tout perdu avec la faillite de leur
fonds. La capitalisation n’est pas un complément à la répartition,mais une
arme pour la détruire.
7. Un service public et commun des personnes âgées
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En France l’espérance de vie passeà 81 ans en 2010 et les plus de 60 ans
représentent 22,6 % de la population. Ce progrès est considéré par les tenants
de la domination des marchés comme une charge. Au contraire il permettrait
d’avancer vers une autre civilisation, avec un service public de sécurisation
et de promotion des personnes âgées.
Sécurisation de tous les moments de la vie et promotion des
activités créatrices des seniors, des retraités et des dépendants.
La question des seniors et de leur faible taux d’emploi se
rattache à la sécurisation des parcours professionnels. Le service public
pourrait organiser des suivis contre l’usure et la pénibilité, des formations
et des mobilités professionnelles, encadrer de bons mitemps.
Les retraités. La promotion de leurs conditions de vie et
de leurs activités sociales concernerait le niveau des pensions dès 60 ans.
Déjà s’amorce un renversement de portée révolutionnaire : à
l’opposé de leur mise à l'écart de la vie sociale, une
disponibilité bien plus grande des retraités que dans la période de travail pour des
relations sociales choisies et créatrices.
Le 4e âge et les dépendants.
Il s’agit de la poursuite de relations sociales et culturelles, au lieu de la réduction
aux traitements médicaux et de soins physiques. Pour le soutien des maisons
de retraite, très inégales, les budgets publics doivent augmenter. Les
services aux personnes âgées à domicile devraient surmonter
leurs graves insuffisances.
8. Attaques contre les retraites dans la fonction publique
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Au nom des déficits sont imposés aux fonctionnaires : salaires bloqués,
suppressions d’emplois, RGPP (révision générale des politiques publiques),non
remplacement d’un fonctionnaire qui part à la retraite sur 2, casse de la
fonction publique.
Au nom de l’alignement sur le privé, la loi Fillon 2003 a entraîné : recul
de l’âge de départ à la retraite, baisse du taux de remplacement des pensions.
Les réformes programmées : (accroissement de la durée de cotisation, de la
période de référence, report de l’âge de la retraite), sans résoudre les
problèmes de financement, frappent durement les fonctionnaires . Or leurs
pensions sont, pour des salaires d’actifs comparables,du même ordre de grandeur que celles versées par le régime
général.
Les droits familiaux liés à la maternité sont remis en cause et pénalisent
encore plus les femmes. Les prétentions gouvernementales 2010 seraient fatales
pour le code des pensions.
C’est pourquoi le PCF propose :
·
La
prise en compte de la pénibilité et des carrières longues ;
·
Le
maintien de l’âge légal à 60 ans
avec les garanties pour une retraite à taux plein et des 6 derniers mois comme salaire de référence ;
·
Le
retour aux 37,5 annuités pour tous,
y compris les fonctionnaires pour le calcul d’une pension complète avec 75 % du salaire minimum, la revalorisation des basses retraites ;
·
L’augmentation des salaires, la reconnaissance des qualifications et des créations d’emplois qui
permettront le renouvellement générationnel et faciliteront l’équilibre des comptes et caisses ;
·
L’intégration des primes, dans
le calcul de la retraite, et leur assujettissement complet aux cotisations ;
·
La prise en compte des années de formation pour la durée de cotisations.
9. Réforme du financement : les propositions du PCF
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·
Faire cotiser les revenus financiers des entreprises et des banques au même taux que la cotisation
sociale patronale assise sur les salaires.
·
Principe des cotisations sociales.
Celles-ci doivent rester fonction des salaires versés dans chaque entreprise. Mais le taux des cotisations patronales serait
modulé selon le rapport « salaires / valeur ajoutée ».
Cela responsabiliserait socialement les entreprises en les incitant à
augmenter la part
des salaires dans la valeur
ajoutée (politique salariale, emplois, qualifications) ; à
gagner en productivité en baissant d'autres coûts dans l'entreprise que les coûts
salariaux : les coûts en capital ; à ne pas céder aux sirènes de la croissance financière des capitaux (OPA,
placements financiers, spéculations, exportations de capitaux…).
L’objectif de ces deux propositions serait d’augmenter fortement les
recettes de cotisations sociales avec un effet de ciseaux positif. Dans un premier temps, la « taxation » des revenus
financiers rapporterait beaucoup(22 milliards d'euros pour les retraites), puis,
dissuadant progressivement les entreprises d'en rechercher, son rendement tendrait
à
diminuer. Simultanément, la modulation de la cotisation patronale rapporterait de plus en plus
, au-delà de ce que rapporterait
aujourd'hui la « taxation » des revenus financiers, en enclenchant une autre
logique de la croissance et de la gestion des entreprises,
centrée sur le développement des emplois, des salaires et prestations
sociales.
On mettrait fin aux exonérations de cotisations patronales (30 milliards d'euros), le montant de l’argent
public gâché pour les compenser pourrait être alloué à un
Fonds national pour développer l’emploi et la formation, base des cotisations sociales.
Ce Fonds impulserait un nouveau crédit pour l'investissement, à taux
d'intérêt d’autant plus abaissé que les entreprises font de l’emploi. Cela
devrait favoriser la base emploi et salaire de la retraite par répartition.
Au-delà de la valeur ajoutée normale des entreprises, il convient d’ajouter
des cotisations retraite sur leurs profits financiers.
10. Brochure éditée par le collectif national 'retraités'
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