15 avril sur le WEB
Climat : Le PCF
dénonce le procès fait aux scientifiques
L’Huma donne, ce 6 avril, la parole à l’une des
initiatrices de l’appel « Pour
une éthique des scientifiques et des sciences du climat ».
Rien de plus normal.
Ce qui l’est moins, à mes yeux, c’est que l’on
ne sollicite jamais le point de
vue de scientifiques qui ne partagent pas les prévisions
alarmistes du GIEC sur
lesquelles s’appuient les politiques de tous bords pour
évacuer la question de
l’incompatibilité du système capitaliste avec le
développement d’une croissance
« propre » en même temps que fondée sur la
réduction des inégalités à
l’échelle
de la planète comme à celle de chaque pays.
Non pas qu’il faille attendre la
fin du capitalisme pour agir, pour réduire les nuisances qu’il a engendrées
pendant des siècles d’exploitation intensive de la terre et des hommes, mais
sans le dédouaner, sans en rabattre sur les responsabilités qu’il porte –comme
d’autres qui prétendaient le combattre et ne faisaient que l’imiter- et sur les
conditions à réunir pour changer de mode de production et de répartition des
richesses issues du travail humain.
Au lieu de cela, on culpabilise et on taxe les
victimes, en suscitant les peurs les plus irrationnelles et en substituant
l’écologie à la lutte des classes. La taxe carbone qu’appellent de leurs vœux
Hulot, Rocard, Cohn-Bendit n’est pas abandonnée, elle est toujours à l’étude
pour être adoptée au plan européen.
Ce débat dépasse
largement la sphère des seuls scientifiques qui, comme on le voit, sont loin du
consensus qu’on cherche à nous vendre depuis des années sur les causes humaines
des changements climatiques (beau pléonasme !) qui seraient déterminantes au
point de nous conduire à une fin de siècle quasi apocalyptique. Et voilà qu’une
pétition circule de la communauté scientifique visant à faire condamner
quelques-uns des leurs –dont un ancien ministre de la recherche qui ne fait pas
vraiment partie de mes amis politiques- qui ont eu, au moins le mérite de
mettre les pieds dans le plat pour montrer que le débat n’est pas clos sur le
sujet et qu’il ne faut pas faire comme s’il l’était ! Ils appellent le Ministre
de la Recherche, Valérie Pécresse, à prendre position : comme si elle avait
pour compétence de condamner les hérétiques et de soutenir les pétitionnaires.
Où va-t-on ? Ils lui demandent d’intervenir auprès du président de l’Académie
des sciences pour qu’il organise un débat sensé résoudre la controverse. Le
président, effectivement saisi, a fait savoir qu’il y était prêt mais qu’en
aucune façon il n’y aurait de mise à l’index de qui que ce soit, se refusant
par ailleurs à donner un avis personnel.
Pourquoi l’Huma ne reflèterait pas la
diversité des approches pour que le lecteur se fasse une opinion par lui-même.
N’est-ce pas le journal des débats ?« La déclaration du PCF me pose le même
problème : il se range sans nuance du côté des diverses communautés
scientifiques mondiales compétentes sur le lien entre réchauffement climatique
et activités humaines responsables des rejets de gaz à effet de serre."
Comme si la question était tranchée une fois pour toutes et qu'il faille
ignorer les termes du débat qui persiste et auquel il n'est jamais fait
allusion.
Qu'on ne puisse continuer comme avant, c'est
évident, même s'il n'y avait aucune menace climatique -si tant est qu'on la
considère démontrée- : les problèmes de l'eau, de la faim, de la pollution, du
sous-développement, des inégalités sociales qui s'aggravent, de la crise que le
libéralisme fait subir aux victimes...n'ont pas pour origine les 0,72°
d'élévation moyenne de la température de la terre en un siècle.
On peut
discuter de l'accélération du phénomène sans tomber dans le catastrophisme
ambiant et en organisant un débat citoyen, forcément contradictoire qui n'a pas
eu lieu avant Copenhague. Et ce dans le respect de tous les points de vue, sans
induire que les « sceptiques » rouleraient pour les pétroliers ou les tenants du
statu quo et des pires conservatismes. Il ne faudrait pas que la forme de
certaines critiques émises (et que je n'approuve pas), occulte la part de
vérité qu'elles peuvent contenir, ne serait-ce que pour garder le cap face au
principal obstacle que les hommes ont à surmonter : les forces du capital
arc-boutées pour conserver le pouvoir économique qui génère les privilèges et
la plupart des problèmes sociaux et écologiques...etc, auxquels nous sommes
confrontés.
René Fredon
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