Contre la domination des marchés financiers et le carcan du traité de Lisbonne :
Il faut prendre la mesure des graves enjeux du moment.
L'instabilité internationale,
engendrée par la crise du capitalisme, s'est encore renforcée. C’est désormais
l'Europe qui est au cœur de la tourmente. Une offensive sans précédent se
déploie actuellement contre les peuples de l'Union européenne (UE). Au prétexte
de l’explosion des dettes publiques provoquée par la crise financière et le
sauvetage des banques par les États, ces derniers, avec la Commission
européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le concours du Fonds
monétaire international (FMI), s’apprêtent à programmer une véritable saignée
sociale dans tous nos pays
Il sont décidé de faire payer aux
peuples, en particulier aux salariés, aux jeunes et aux
retraités, la facture
de la crise systémique du capitalisme, qui a commencé par
une crise financière
en 2008, et qui a entraîné une crise économique,
sociale et écologique d'une
ampleur inconnue depuis la crise des années 30. Des mesures
d’hyper-austérité
généralisée sont imposées dans tous les
pays dans un contexte marqué par la
montée du chômage, l’explosion de la
précarité, la concurrence
généralisée, le démantèlement
de la protection sociale, l’abaissement constant des protections
des salariés
rendus toujours plus flexibles. Pendant ce temps, les marchés
financiers
continuent de se gaver sans vergogne.
Les effets sociaux de la crise se
font sentir avec violence dans l'ensemble des pays européens.
Pour ne prendre
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que quelques exemples, en 2010, le chômage a augmenté de 6,6% en France et les
salaires roumains ont été baissés de 25%.
L'UE est entrée dans une spirale de récession.
La crise et la spéculation se concentre
sur l'Euro, clé de voûte de la construction capitaliste de l'Europe.
Pour sa part, la révision du traité
de Lisbonne décidée en catimini par les 27 Etats membres de l’UE lors du
dernier Conseil européen vise à pérenniser, à partir de 2013, les mesures
drastiques du Fonds européen de stabilité financière prétendument mis en place
pour « sauver » la Grèce – en fait pour sauver les banques exposées
en Grèce. Elle prévoit des sanctions de plus en plus dures pour les pays
contrevenants.
Par ailleurs, a été mis en place un
« semestre européen » qui soumet les parlements nationaux à une
autorisation préalable des institutions européennes pour le vote du budget de
leur pays !
Dans le même temps, les pays
actuellement les plus exposés aux attaques spéculatives des marchés - la Grèce,
l'Irlande, le Portugal et l'Espagne - se sont vu imposer une nouvelle
accélération de « réformes » structurelles avec de lourdes
conséquences sociales.
Aujourd'hui, l'Allemagne, avec le soutien de la France, tente d'aller encore plus loin dans la démolition des
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droits sociaux en proposant un « pacte de compétitivité» taillé à sa mesure qui
sera discuté lors d’un Conseil européen extraordinaire le 11 mars et adopté
lors du Conseil ordinaire prévu le 24 et le 25 mars : fin de l'indexation
automatique des salaires sur l'inflation pratiquée encore dans plusieurs pays
européens (Belgique, Espagne, Luxembourg, Slovaquie) ; recul tendanciel de
l'âge de départ à la retraite à 67 ans ; harmonisation de l’impôt sur les
sociétés ; tentative d’incorporer dans les Constitutions nationales le
respect des règles budgétaires européennes.
De telles mesures visent à déposséder
plus encore les peuples de leur pouvoir de décision et à approfondir la
fracture démocratique et sociale dans toute l'Europe.
La coupure entre la population et les
classes dirigeantes s'approfondit. Le nationalisme et la xénophobie sont des
sentiments de plus en plus violents.
Dans ce contexte, tout l’enjeu est de
savoir où va se dénouer la crise: soit elle se dénoue à gauche, soit elle se
dénoue à droite voire très à droite.
Les peuples disent « Non »
à « leur Europe » Les dominants oublient tout simplement que les
peuples ont leur mot à dire. Le terrible échec de l’orientation de l’UE nourrit
une légitime et grandissante contestation. On l'a vu en Grèce, en Irlande, en
France et au Portugal ; partout dans l’UE d'imposants mouvements sociaux
mettent en cause ces politiques libérales et illustrent la délégitimation de
telles politiques.
Plus généralement dans le monde, le
peuple, ce grand oublié de la politique et des gouvernants, se réinvite et se
réinvente dans le débat public. En Amérique latine, dans le monde arabe, par
des luttes populaires et parfois des processus révolutionnaires se développant
dans des configurations spécifiques. Les populations entendent se faire
respecter. C'est vrai aussi en Europe où le choix est aujourd'hui entre
l'acceptation d’un engrenage ravageur et le lancement d'une dynamique sociale
et politique populaire en faveur d'un tout autre type de construction
européenne.
Partout, les mouvements de résistance
populaire posent la question politique. Il est nécessaire pour la gauche en
Europe d'y répondre. Des exemples de recomposition politique à gauche existent
dans divers pays d'Europe (Allemagne, Portugal, Grèce, Danemark etc.), avec
chacun leurs spécificités et leurs bilans. Si l'on y ajoute l'irruption du
Front de gauche en France, ils montrent que l’affirmation d'une autre gauche de
rupture avec les politiques libérales et sociales libérales est possible. Au
niveau européen, le Parti de la gauche européenne (PGE) peut jouer un rôle
d'impulsion.
Le Front de Gauche porte les mesures nécessaires d’une transformation radicale
de la construction européenne.
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Ces dernières doivent viser :
à en finir avec la dépendance des États envers les
"marchés" pour se financer. Il faut restructurer les dettes publiques
et les annuler au moins partiellement ; procéder à une refonte des
missions et des statuts de la BCE qui doit être mise sous contrôle démocratique,
pouvoir prêter directement aux États à taux faibles, acheter des titres de la
dette publique sur le marché monétaire pour promouvoir l'emploi et la
formation, les services publics en visant la réponse aux besoins humains et à
ceux de la planète; instaurer un contrôle des mouvements de capitaux;
·
à en finir avec la concurrence à tout-va. L'Europe doit servir à
développer les coopérations, à lutter contre le dumping social pour converger
vers une harmonisation sociale et fiscale vers le haut. Elle doit être une
Europe du bouclier social.
·
à en finir avec les reculs dramatiques de la démocratie qui vont
jusqu'à la mise sous tutelle des États. L'Europe doit miser sur l'implication
des citoyens, la souveraineté populaire et l'union des peuples. Les pouvoirs de
la commission doivent reculer au profit du Parlement européen et des parlements
nationaux dont les droits d'initiatives, de codécision, de contrôle doivent
être renforcés.
Nous pouvons briser la domination des
marchés financiers
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Au lieu d'humilier les plus faibles dans l'UE, jouons la solidarité, la
protection. Nous ne proposons pas de sortir de l'euro, car nous ne voulons pas
renforcer l’hégémonie du dollar et parce que pour nous la priorité est de
remettre en cause la main mise des marchés financiers sur les richesses créées
par les Européens. Ce n'est pas le principe d'une monnaie européenne qui est en
cause, mais sa gestion par une Banque centrale indépendante vouée par ses
statuts à la défense des détenteurs de ces capitaux rendus totalement libres de
circuler par le traité de Lisbonne.
Au lieu de favoriser la spéculation,
supprimons les paradis fiscaux, taxons les transactions financières.
Interdisons les opérations boursières (titrisation, CDS, CDO, ventes à
découvert, etc.) qui ne sont que des instruments de spéculation. Contrôlons les
activités des banques qui doivent, au minimum, mettre des cloisons étanches
entre leurs activités de dépôt et d’investissement.
Etablissons un secteur bancaire public pour favoriser le développement
d'un nouveau crédit.
Une grande politique de convergence
et d’harmonisation sociale européenne doit établir de nouveaux droits :
salaire minimum légal, minima sociaux, revenu minimum garanti, mesures contre
le dumping social, pensions, extension des droits des travailleurs, liberté de
circulation, clause de non régression-sociale, interdiction des licenciements
dans les entreprises qui font des profits. Les services publics, avec de
nouvelle créations à l'échelle européenne doivent devenir un pilier de la
construction européenne.
Une véritable politique économique
solidaire doit être mise en place. Elle doit impulser le développement des
infrastructures publiques (éducation, santé, transports, économies d'énergie)
en s’appuyant sur la mise en œuvre d’une véritable politique budgétaire européenne
impliquant une augmentation significative du budget européen aujourd’hui limité
à 1 % du PIB européen. Au plan fiscal, l'harmonisation doit se faire selon des
règles simples : taxation du capital et des transactions financières, lutte
contre les délocalisations.
Une Europe de l'égalité des droits
doit voir le jour. Elle doit s’inscrire en faveur de la dignité humaine, contre
la pauvreté, l’exclusion, les divisions et discriminations. Les politiques
d'Europe forteresse, de stigmatisation des étrangers non communautaires doivent
être abandonnées et les accords de Schengen renégociés au profit d'une action
résolue de l'Europe en faveur de politiques nouvelles de migrations
internationales et de co-développement. L'égalité homme-femme doit être une
valeur fondamentale de l'Union, l'élimination des rapports de domination un de
ses objectifs prioritaires.
Une nouvelle politique agricole
commune doit être élaborée fondée sur la sécurité et la souveraineté
alimentaire, rapprochant les paysans européens au lieu de les mettre en
concurrence, tournée vers le développement des coopérations avec les pays qui
souffrent le plus de sous-alimentation.
Nous avons besoin d’une Europe
laïque, soustraite aux influences obscurantistes.
Ce qui est à l'ordre du jour, c'est
un nouveau modèle de développement, écologique, social, solidaire. C'est une
Europe indépendante, de paix, de solidarité internationale. Une Europe qui
mette fin aux ingérences impérialistes et néocolonialistes, qui se retire de
l'Otan, qui rapatrie ses troupes des théâtres d'opération extérieurs (Irak,
Afghanistan, Afrique...). Une Europe qui s'engage pour le respect des droits
des peuples, en particulier ceux du peuple palestinien.
Se libérer en France et en Europe du
carcan du traité de Lisbonne<
Le Front de gauche se propose de
rompre avec les politiques néolibérales imposées par l'UE et les gouvernements
nationaux en s'appuyant à court et moyen termes sur l'implication populaire la
plus large et les mobilisations sociales.
Nous avons eu raison de nous opposer
aux différents traités. Ces derniers interdisent à tout gouvernement de mettre
en place les politiques de réorientation radicale de l’Union européenne que
nous préconisons et que nos peuples attendent. Il faut continuer à le faire, se
libérer en France et en Europe du carcan
du traité de Lisbonne tout en proposant un processus de transformation réelle. Est-il
réellement possible de faire changer les traités? Pour durcir et pérenniser les
nouvelles dispositions du Fonds européen de stabilité financière, cela vient
d’être proposé, sur un mode anti-démocratique, par celles et ceux qui nous
disaient il y a peu de temps encore: «Pas touche!».
Le Front de gauche oppose au
changement en catimini du traité de Lisbonne souhaité par les gouvernements
l’expression pleine de la souveraineté populaire à l'échelle nationale comme à
l'échelle européenne. Nous exigeons dans
l'immédiat l'organisation d'un grand débat national sur les enjeux européens
actuels conclu par un référendum.
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