Contre le coup d’Etat de la
finance, Mobilisation !
Éditorial
par Patrick Le Hyaric
Contrairement
aux images que tente de nous renvoyer le complexe médiatico-politique, M.
Sarkozy n’est pas en train de juguler la crise. Il l’aggrave et l’utilise pour
déployer sa stratégie politique. Il compte faire d’une pierre deux coups
dans une campagne électorale où il serait le sauveur suprême, avalisant ainsi
l’idée de la nécessaire austérité pour les peuples. Une telle victoire
idéologique dégagerait pour longtemps la voie aux rapaces de la finance.
Sa volonté
d’inscrire l’interdiction des déficits publics dans la Constitution, ce qu’ils
appellent « la règle d’or », est significative des objectifs
poursuivis par le Chef de l’Etat. Elle vise aussi à déconsidérer les forces de
gauche présentées comme irresponsables et s’accommodant de « trous »
dans les budgets. Un comble quand on sait que ce sont M. Sarkozy et la
droite qui ont considérablement creusé les déficits en réduisant les
contributions des plus fortunés et du capital à la vie de la société, en
attaquant les services publics, en laminant sans cesse les droits
sociaux. Ainsi, il y a un an, ils ont, au mépris de l’opinion majoritaire du
pays, fait passer l’âge ouvrant droit à la retraite – à 67 ans en réalité-,
pour que notre pays garde sa note triple A.
Aujourd’hui,
sous l’injonction d’obscures agences de notation, qui agissent au seul service
des marchés financiers contre les peuples, M. Sarkozy prépare, comme le font
les dirigeants Italiens, Espagnols, Portugais ou Irlandais, un nouveau tour de
vis. Pour le faire accepter, lui et ses ministres organisent des mises en scène
comme cette réunion d’urgence à l’Elysée la semaine dernière, l’occupation des
studios par le ministre de l’économie et cette nouvelle rencontre avec la
chancelière allemande pour « rassurer les marchés ». Voilà le nouveau
mot d’ordre !
On ne peut à
la fois « rassurer les marchés financiers » et répondre aux
aspirations populaires. A vouloir rassurer les marchés, l’Europe est devenu
synonyme de chômage de masse, de précarité et de super austérité.
Constitutionnellement,
un Président de la République français se doit
d’assurer pour le peuple le
droit à l’égalité, au travail, à
l’éducation, à la liberté… Or,
voilà qu’il est
devenu le mandataire des « marchés
financiers », ces voraces de la
finance qui, précisément, détruisent le travail,
les systèmes de retraite et de
protection sociale, l’éducation, l’accès au
logement et à la santé. L’heure
n’est pas à rassurer les marchés financiers, mais
à les… désarmer.
Depuis
quelques jours, on fait croire en haut lieu et précisément au sein des conseils
d’administration des ogres de la finance que la crise appelle plus
d’intégration européenne et une avancée vers le fédéralisme européen. Les
souffrances populaires et la crise ne sont pas dues à une insuffisance
d’intégration européenne. Elles doivent tout à des gouvernements et des
institutions européennes qui ont fait partout le choix de servir l’argent roi.
Si dans sa conception initiale la Banque centrale européenne avait eu le droit
et le pouvoir d’aider les Etats et avait eu pour mission l’emploi et le
développement humain, de racheter directement la dette des Etats, de procéder
par création monétaire, si elle était sous contrôle démocratique, nous n’en
serions pas là. M. Sarkozy savait tout ceci quand il a bafoué le
« Non » au traité constitutionnel pour imposer son frère jumeau, le
traité de Lisbonne. Et l’on voit la Banque centrale européenne de Francfort
s’ériger en bras armé dictatorial de la finance internationale. Le 8 août
dernier, elle a donné l’ordre à l’Italie de procéder à un nouveau plan
d’austérité.
Aujourd’hui,
il est créé, à côté et en dehors de la Banque centrale, ce fonds européen de
stabilité financier qui n’est qu’un moyen de garantir la situation des
institutions financières par l’argent public. Celui qui devrait servir à
l’éducation, à l’accès au logement, au travail, à la retraite ou à une bonne
sécurité sociale. Les banques s’enrichissent sur les dettes. Elles empruntent
de l’argent quasi gratuitement auprès de la Banque centrale européenne, le
prêtent aux Etats endettés à des taux allant jusqu’à 16% et en cas de
difficulté, le fonds de stabilité garantit les pertes avec… l’argent public. On
comprend pourquoi les milieux bancaires demandent avec insistance aux Etats
d’augmenter ce fonds pour le passer de 440 milliards d’euros à 2000 milliards
d’euros. Les banques veulent gagner à tout coup en transférant tous leurs
risques vers la sphère publique. C’est pour cela qu’il est demandé aux
populations de se serrer la ceinture à double tour !
Ce système
peut-il durer longtemps ? Je ne le pense pas. Les pays déjà trop endettés
et déjà attaqués par les spéculateurs ne pourront plus longtemps mettre de
l’argent dans ce fonds. Tout peut donc tourner au désastre.
Nombreux
sont les signes, en Europe et au-delà, qui laissent entrevoir qu’approche
le moment où les peuples refuseront en masse que les finances publiques, leurs
impôts, leurs retraites, leur sécurité sociale, les richesses qu’ils créent
leur soient volés, pour être joués à l’infernale roulette de la spéculation.
Voyant ce
danger, les dirigeants européens tentent de mettre en place un pouvoir
supranational non élu, autoritaire, au service des rapaces de la finance. C’était
le sens du sommet franco-allemand. C’est le sens du «Pacte euro plus ».
C’est le sens de la proposition d’un ministre européen des finances ayant les
pleins pouvoirs. C’est le sens de la déclaration de l’ancien directeur du
trésor français, ancien ministre des affaires européennes de M. Sarkozy et
actuel patron de l’autorité des marchés financiers, M. JP Jouyet, il y a
quelques jours à France-Inter : « Nous allons devoir nous habituer à
des règles dictées par la Banque centrale européenne ». Et bien non, non
et non ! Les banques ne feront pas la loi ! Le monde du travail et de
la création saura se rassembler contre cette dictature de la finance qui
pointe. En créant les conditions d’une super Fête de l’Humanité dans un mois,
tous ensemble, nous contribuerons à ouvrir d’autres voies.
Patrick Le
Hyaric
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