Logement
30 mars 2010 sur le web: Lariposte
La crise du logement : creuset des inégalités
La récession attise une crise du logement
qui lui est bien antérieure. Pour des millions de ménages – et pas seulement
les plus modestes – le logement est en première ligne des phénomènes
d’appauvrissement et de précarisation.
Emploi, salaire et logement sont
indissociables. Alors que la crise économique aggrave la précarité et limite la
progression des revenus, le déficit d’offres de logement accessible s’est
encore accentué, ces dernières années. A la fin des années 80, le logement
absorbait en moyenne 12,5 % du budget d’un ménage. Aujourd’hui, le chiffre
est de 25 % – et, pour les familles les plus modestes, souvent 40 %,
50 % et plus. Un couple avec deux enfants, qui gagne 3000 euros par mois,
dépense en moyenne le quart de son budget pour se loger s’il est en logement
social – et la moitié s’il est dans un logement privé ! C’est
insupportable.
A cela s’ajoute le cancer du mal-logement et
de la précarité. En 2010, la France compte 3,5 millions de personnes SDF ou
mal-logées, auxquelles s’ajoutent plus de 6,6 millions de personnes en
situation de réelle fragilité, sur le logement, à court ou moyen terme
(exiguïté, insalubrité, retard de loyers ou de remboursements, etc.). Sans
oublier les quelque 200 000 personnes – parmi lesquelles des femmes et des
enfants – qui n’ont plus que la rue pour vivre. Une rue où, depuis 1998, plus
de 2000 personnes sont mortes de froid.
Face à la précarisation du travail et à la
montée du chômage, le logement social est une aspiration légitime des familles
qui ne peuvent plus se loger dans le privé, tant les loyers et les prix de
l’immobilier ont flambé. Pour sortir de cette crise, la plus grave depuis le
fameux appel de l’Abbé Pierre, en 1954, il faudrait que l’Etat investisse
massivement : environ 4 % du PIB, chaque année. On en est
actuellement à moins de 2 %. Lorsque Christine Boutin était ministre du
logement, elle expliquait qu’il faudrait construire 500 000 logements sociaux
par an, pour répondre aux besoins. Or, en 2008, le chiffre était de 380 000, et
il a encore chuté en 2009. Pendant ce temps, 1,4 million de familles sont en
attente d’un logement social.
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La subvention de l’Etat pour la construction
des logements sociaux (l’aide à la pierre) baisse d’année en année. Dans le
budget de 2010, elle est tombée à 1000 euros par logement. Pendant ce temps,
les aides personnelles explosent. La politique des gouvernements successifs a
été de se désengager du logement social et de mettre le paquet en faveur du secteur
privé.
Le
coût, pour l’Etat, d’un « Prêt
locatif à usage social » est de 36 482 euros par
logement. En comparaison,
le dispositif – dit « Scellier » – de
défiscalisation de
l’investissement dans le neuf coûte 75 000 euros à
l’Etat. Ce dernier est délibérément
privilégié. C’est inscrit dans la loi des finances
de 2010. En privilégiant
l’aide à l’accession à la
propriété, l’Etat subventionne indirectement les
capitalistes du secteur immobilier – et les banques qui sont
derrière. Le
logement social – moins profitable – est
délaissé. On a moins construit de
logements sociaux qu’on en a détruits (0,7 pour 1). En
outre, il n’y aura pas
un euro de subvention pour les réhabilitations, en 2010. Et
pendant ce temps,
on continue de construire des « logements
Scellier » et autres qui
restent vides.
Pour en finir avec le fléau du mal-logement,
des mesures d’urgence s’imposent : 1) Gel des loyers ; 2) Réquisition
de tous les logements laissés vacants à des fins spéculatives ; 3)
Expropriation et réhabilitation de tous les hôtels et logements des
« marchands de sommeil » ; 4) Arrêt immédiat des expulsions
locatives ; 5) Nationalisation des entreprises du BTP et construction
massive de logements sociaux.
M.H Lewkowicz (PCF et
CGT Paris)
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