Après le
présidentialisme, voilà que la droite veut
inscrire dans le marbre de la loi, le libéralisme
économique.
Jusqu’à quand Nicolas Sarkozy va-t-il pouvoir jouer avec nos institutions alors que sa charge fait de lui
leur garant ? Jusqu’à quand va-t-il pouvoir traiter la Constitution, qui est la loi fondamentale de la
République, comme un vulgaire règlement intérieur que chaque président pourrait remanier
à sa guise pour convenances personnelles ?
L’État de droit serait bien affaibli si le premier locataire de l’Élysée venu
pouvait envisager, sans craindre de déclencher un soulèvement des consciences, de porter atteinte aussi
grossièrement à la souveraineté du peuple en lui interdisant, par un article ajouté dans la
Constitution, de faire ses choix librement en matière de politique sociale et économique.
La réforme constitutionnelle, que le chef de l’État appelle de ses voeux, limiterait la
compétence des gouvernements en les obligeant à réduire les déficits publics,
c’est-à-dire pour une large part les dépenses sociales qui sont la marque d’une
société de progrès. Par touches successives, en s’appuyant sur une majorité
soumise et sur la naïveté ou des mauvais calculs d’une partie de l’opposition, Nicolas Sarkozy a
déjà obtenu l’année dernière une réforme constitutionnelle qui a
accru encore le caractère présidentiel du régime ; il s’apprête
à franchir un nouveau pas.
Après le présidentialisme, voilà que la droite veut inscrire dans le marbre de la loi
le libéralisme économique. C’est à la fois le modèle social et la
démocratie que les savants fous de l’ultralibéralisme veulent détricoter.
L’accumulation des annonces faites en quelques jours dessine une stratégie dont il serait dangereux de
sous-estimer l’efficacité. Le pouvoir politique, le grand patronat, les principaux dirigeants européens, sans
oublier le président de la BCE, se trouvent engagés dans une offensive de grande portée pour
faire des pays européens, des zones les plus attrayantes possible pour les marchés financiers, les experts de la
spéculation.
Tout doit être subordonné à cet impératif. Les services à la population
rendus par les collectivités locales doivent être réduits, les pensions de retraite abaissées, et
même les dépenses de santé et d’assurance maladie sont considérées
comme un luxe dont le monde du travail abuserait sans vergogne.
Cette offensive ressemble fort à un complot contre tous les peuples d’Europe. La crise systémique est
mise à profit par ses propres responsables pour imposer des saignées sociales partout en même temps, le plus
vite possible.
Le traitement imposé au peuple grec pour le prix des politiques
menées par ses dirigeants vise aussi à créer une ambiance de résignation dans le
mouvement social. Rien ne serait plus dangereux, pour les salariés, que d’entrer dans cette logique
mortifère qui consisterait à dire : Si l’on porte à
soixante-sept ans l’âge de la retraite des travailleurs grecs, je peux bien accepter de renoncer aux soixante ans.
Sur la compassion molle et la gêne doit prévaloir une solidarité conquérante, une conscience
d’appartenir, d’Athènes à
Paris, de Lisbonne à Bucarest, au monde du travail européen. La gauche saura-t-elle faire face au
défi, incarner l’espoir et garantir une alternative, être de ceux qui luttent et construisent
l’avenir ? De ce point de vue, la bataille sur les retraites est décisive. Dans cette lutte contre la montre
entre le capital et le monde du travail, chaque étape compte. La prochaine aura lieu
le 27 mai.