09 avril 2010
Retraite : répartition et capitalisation n’ont pas les mêmes valeurs
Le
débat sur les retraites relève des grands sujets
de
société et doit être traité
comme tel jusque dans ses aspects financiers. Le
régime actuel par répartition, fondé
sur une morale de la solidarité,
bénéficie
d’un financement lui-même solidaire, en
dépit de ses limites qui justifient sa
rénovation. Il faut mesurer toute la valeur de ce pacte
social, il y a du
communisme en son sein. Chaque génération a droit
à une retraite dans la mesure
où elle l’a assurée à la
précédente et où elle permet
à la suivante d’accéder à
l’éducation et à l’emploi.
Celle-ci à son tour doit assurer la relève et
financer la retraite de ses ascendants. Ce contrat social exprime aussi
la
solidarité de la communauté de travail
vis-à-vis de chacun de ses membres,
celle de la nation à l’égard de ses différentes composantes.
Cette
philosophie du partage a été imposée
à la grande
bourgeoisie et à ses représentants, et ces
derniers ne l’ont jamais vraiment
acceptée. Ils ont toujours rêvé
d’un dispositif qui leur rapporterait. Dans
capitalisation n’y a-t-il pas
« capital »
?
Cependant, contrairement aux apparences, dans cet autre
système, les ressources
dégagées par les actifs pour leur retraite future
ne sont pas
« capitalisées » dans
un coffre pour être ressorties la vieillesse
venue. Ce sont toujours les actifs du moment qui financent les
retraites du
moment. Contrairement à la répartition
où le transfert est direct, dans la
capitalisation, un tiers sert d’intermédiaire
entre les générations
:
les marchés financiers. Et cela change tout.
L’activité
des descendants a alors pour les ascendants une
fonction de rapport. Pour que leurs parents à la retraite
disposent de
ressources, leurs enfants en activité doivent par leur
travail se plier aux
canons de la rentabilité financière. À
l’opposé du lien solidaire, ce second
système repose sur le jeu de la concurrence et de la guerre
de tous contre
tous. Pour valoriser leurs actifs, les fonds de retraite doivent faire
preuve
de discernement, choisir les
« champions », ceux qui vont
être
capables d’écraser les autres, de capter le
maximum de richesses créées au
détriment de l’emploi et des salaires.
C’est
ainsi que l’on en est venu à cette aberration,
avec des
fonds de pension exigeant de leurs placements des rendements
à deux chiffres
alors que la croissance se traînait. La différence
n’a pu être obtenue que par
un énorme détournement de richesses et au prix de
convulsions dévastatrices.
Car on l’oublie trop souvent que cette financiarisation des
liens
intergénérationnels dans les pays anglo-saxons a
joué un rôle dans la montée du
soufflet spéculatif et dans la crise. La capitalisation
c’est la guerre, c’est
aussi le risque. Pour les ascendants et les descendants.
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